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L'avenue des Champs-Élysées recouverte de végétation et d'arbres lors de l'installation éphémère Nature Capitale

Nature Capitale : quand les Champs-Élysées devenaient une forêt éphémère

Marcher au beau milieu des Champs-Élysées sans entendre le vrombissement continu des moteurs ni respirer les gaz d’échappement relève d’ordinaire du fantasme. Pourtant, en ce mois de mai 2010, la métropole s’est offert une parenthèse bucolique monumentale. À l’occasion de l’Année internationale de la biodiversité, l’artère emblématique de Paris s’est métamorphosée en une gigantesque trame végétale imaginée par le créateur Gad Weil et la paysagiste Laurence Médioni : l’événement « Nature Capitale ».

Un ruban vert géant au pied de l’Arc de Triomphe

Sur plus d’un kilomètre, entre le rond-point des Champs-Élysées et la place de la Concorde, le bitume a cédé sa place à plus de huit mille parcelles végétalisées. Des centaines d’essences d’arbres, des massifs d’arbustes forestiers, des champs de blé et de colza ont été acheminés au cœur de la nuit pour créer un patchwork vivant. Depuis le haut de l’avenue, la perspective offrait un spectacle saisissant : une vague chlorophyllienne s’étendant à perte de vue là où défilent habituellement des milliers d’automobiles.

Pour le photographe de voyage, le décalage visuel était irrésistible. Braquer son objectif sur une vache charolaise ruminant paisiblement avec, en arrière-plan, les façades haussmanniennes et les enseignes de luxe compose une image surréaliste. Quelques clichés mériteraient presque de figurer dans nos galeries photo d’escales insolites, tant le contraste entre le monde agricole et le gigantisme parisien semblait déroutant.

Senteurs de sous-bois et saveurs régionales

Au-delà de la prouesse paysagère, l’initiative portée par le syndicat des Jeunes Agriculteurs voulait reconnecter les citadins au monde rural. En déambulant le long des allées tracées dans la terre battue, on passait de la fraîcheur d’une pinède miniature aux effluves d’un enclos de brebis ou de génisses. Pour nombre de jeunes enfants parisiens habitués aux parcs au cordeau, c’était un premier contact direct avec les animaux de la ferme.

Les régions d’outre-mer et de métropole exposaient fièrement leurs savoir-faire. Au fil des stands, les curieux dégustaient des fromages d’alpage, du miel artisanal et découvraient même des saveurs tropicales venues de l’île de La Réunion, arômes de canne à sucre et de rhum traditionnel à l’appui. Une belle vitrine, vivante et généreuse, de la diversité biologique et agricole française.

L’épreuve de la foule et la chaleur citadine

L’expérience a toutefois montré les limites logistiques inhérentes aux grands rassemblements parisiens. Près de deux millions de visiteurs se sont pressés sur l’avenue au cours de ce long week-end ensoleillé. Très vite, la flânerie s’est transformée en une marée humaine compacte où progresser demandait une infinie patience. Sous un soleil de plomb, la terre des bacs a commencé à sécher et les feuillages les plus délicats montraient des signes manifestes de flétrissement.

Les contre-allées, devenues poussiéreuses sous les pas incessants de la multitude, perdaient un peu de leur poésie initiale. Une ambiance électrique, bien différente du calme feutré que l’on recherche parfois dans les replis secrets de la ville, comme sous la terre dans les mystères sombres des catacombes de Paris.

L’après-fête : une seconde vie pour les végétaux

Dès le lundi soir, l’éphémère a repris ses droits. Pour éviter tout gaspillage, l’ensemble des arbres et des parcelles végétales a été démonté avant l’aube pour être replanté, notamment dans des parcs communaux d’Île-de-France, notamment du côté de Dammarie-lès-Lys au bord de la Seine. Si l’organisation face à l’affluence record a pu frustrer les promeneurs en quête de sérénité, cette installation aura eu le mérite d’interpeller : rappeler, le temps d’un week-end, que sous le pavé et l’asphalte subsiste toujours l’impérieux besoin de nature.

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