S’aventurer sur les sentiers de Huangshan, c’est accepter de pénétrer au cœur d’une peinture traditionnelle chinoise à l’encre de Chine. Après l’effervescence des grandes métropoles au fil de notre carnet de voyage en Chine, ces célèbres Montagnes Jaunes inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco promettaient une immersion totale dans un univers minéral brut, sculpté par le vent et les millénaires.
L’assaut des crêtes depuis Tangkou
Le camp de base se situe au village de Tangkou, blotti au pied du massif. Pour atteindre le plateau sommital, plusieurs options s’offrent aux marcheurs : les marches de l’Est, celles de l’Ouest, ou le téléphérique de Yungu pour s’épargner les dénivelés initiaux les plus harassants. Ayant allégé nos sacs à dos laissés à l’auberge, nous choisissons d’effectuer la montée en benne depuis l’Est afin de préserver nos jambes pour explorer le dédale de sentiers d’altitude.
Dès la sortie de la station supérieure, le contraste est saisissant. Ici, pas de sentiers de terre battue : la montagne a été façonnée par la main de l’homme avec des milliers de marches taillées directement dans le granit et des passerelles cimentées qui épousent le vide. L’effort physique rappelle l’intensité de notre randonnée sur la grande muraille à Jinshanling, mais avec une sensation d’apesanteur décuplée par les parois abruptes plongeant dans le vide.
Le vertige du canyon de la Mer de l’Ouest (Xihai)
Le point d’orgue de notre marche reste incontestablement le canyon de Xihai, également appelé la Mer de l’Ouest. Le chemin flirte constamment avec la falaise, offrant des ouvertures béantes sur des à-pics impressionnants où s’accrochent des pins centenaires aux silhouettes tourmentées par les éléments. En descendant jusqu’au deuxième anneau de la gorge, chaque virage révèle une perspective encore plus dramatique sur ces aiguilles géantes qui semblent avoir été fichées au hasard dans la croûte terrestre.
Au détour des lacets vertigineux, nous croisons régulièrement des porteurs gravissant les marches d’un pas rythmé et immuable. Les épaules sciées par une longue perche de bambou, ils acheminent quotidiennement vivres, bouteilles de gaz et matériaux pour ravitailler les rares complexes hôteliers du sommet. Une démonstration d’endurance stupéfiante face à certains visiteurs aisés se faisant transporter dans des chaises à porteurs le long des corniches.
La montagne dicte toujours sa loi
En fin d’après-midi, alors que nous rejoignons l’hôtel Beihai dans l’espoir d’admirer l’embrasement du couchant sur les pics dentelés, une brume épaisse commence à engloutir les vallées. Les reliefs s’effacent un à un, masquant l’horizon dans une nappe blanche impénétrable. Après les prouesses architecturales admirées vers les monastères suspendus de Datong, nous espérions contempler ici le lever du jour mythique vanté par les poètes de la dynastie Tang.
Le réveil avant l’aube met un terme à nos illusions : un déluge continu martèle les toits et le brouillard est total. Impossible d’envisager une longue marche de cinq heures sous une pluie battante sur les marches glissantes de l’Ouest. La prudence s’impose sur ces crêtes exposées. Nous optons donc pour un retour rapide par le téléphérique afin de regagner Tangkou trempés mais sains et saufs.
Rebondir et changer d’itinéraire
Le voyage au long cours est fait de ces imprévus où la météo redistribue les cartes. De retour dans la vallée, le plan initial prévoyait une halte rurale dans la vieille ville de Tunxi. Compte tenu des intempéries persistantes sur le sud de l’Anhui, nous décidons d’avancer vers l’est. Avec l’aide bienveillante de notre hôte locale, nous négocions une place dans un minibus partagé avec de jeunes voyageurs chinois, cap direct vers les canaux et les collines de Hangzhou.
Conseil pratique : Prévoyez un budget conséquent pour passer une nuit au sommet de Huangshan, les hébergements y étant rares et chers. Équipez-vous impérativement d’un vêtement de pluie robuste et de bonnes chaussures adhérentes : le granit mouillé ne pardonne aucun faux pas sur les corniches.




