Quitter l’effervescence urbaine de Nankin pour rejoindre le sud verdoyant de la province de l’Anhui marque un temps fort de notre carnet de voyage en Chine. Après cinq heures de route sinueuse vers le sud, le paysage se transforme radicalement. De hautes silhouettes de granit émergent de la brume : nous approchons du point névralgique de la région.
Rejoindre Tangkou, porte d’entrée du pays de Huizhou
Pour tout voyageur indépendant, le piège classique des transports dans cette région réside dans la toponymie. Entre Huangshan City (le nom administratif de la ville de Tunxi, située en plaine) et Tangkou (la localité blottie au pied immédiat des sentiers de montagne), la nuance fait perdre de précieuses heures. Poser son sac à dos directement à Tangkou permet d’organiser facilement les explorations dans la campagne environnante avant de s’attaquer aux sommets.
Dès notre descente du bus, les rencontres s’enchaînent avec cette efficacité spontanée propre aux bourgs chinois. En négociant une chambre simple et propre au-dessus d’une auberge locale, nous convenons également d’un chauffeur pour l’après-midi afin d’arpenter les villages classés et les vallons secrets sans dépendre des rares lignes régulières.
L’écrin végétal de la forêt de Mukeng
Notre périple commence par une parenthèse chlorophyllienne à Mukeng. Cette vallée encaissée, surnommée la mer de bambous, offre une promenade rafraîchissante sous une voûte végétale impénétrable. Les amateurs de cinéma reconnaîtront immédiatement l’ambiance des duels aériens du film Tigre et Dragon d’Ang Lee, tourné en partie dans ces frondaisons ondulantes.
Le sentier aménagé serpente sur les crêtes et traverse un hameau rustique blotti au creux des collines. L’humidité y est saisissante, les moustiques particulièrement vifs, mais le cliquetis des tiges de bambou géantes s’entrechoquant sous la brise récompense l’effort de la montée.
Hongcun : le village aquatique pensé comme un chef-d’œuvre
À quelques encablures de là se dresse Hongcun, joyau d’urbanisme féodal inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Conçu selon les principes ancestraux du feng shui et évoquant la morphologie d’un buffle d’eau, le bourg a su dompter l’élément liquide depuis la dynastie Song. Un réseau ingénieux de rigoles traverse chaque cour pour alimenter les deux réservoirs centraux : le lac du Sud (Nanhu) et l’étang de la Demi-Lune (Yuezhao).
Visiter Hongcun relève du tableau vivant :
- Les façades blanchies à la chaux, patinées par les décennies, se reflètent dans des bassins bordés de saules pleureurs.
- Les toits en tuiles grises arborent les fameux pignons coupe-feu en escalier (murs « tête de cheval »), typiques du style Huizhou.
- Des dizaines d’étudiants des beaux-arts, assis sur de petits tabourets pliants, esquissent à l’aquarelle les perspectives des ponts en dos d’âne.
Si certaines artères principales croulent sous les échoppes artisanales et les salons de thé pour groupes organisés, il suffit de se perdre dans les venelles secondaires, le long des murs hauts et silencieux, pour retrouver la sérénité des anciennes demeures de marchands.
Xidi et l’élégance de la pierre sculptée
Poursuivant notre route à travers rizières et collines tapissées de théiers, nous atteignons Xidi. Moins aquatique que sa voisine mais tout aussi remarquable, cette cité fortifiée impressionne par son portail monumental en pierre de taille érigé au XVIe siècle. Les poutres de cèdre des résidences seigneuriales y dévoilent des bas-reliefs d’une finesse inouïe, figurant fleurs de lotus et scènes historiques.
Bien que le circuit d’une demi-journée permette de comparer ces deux joyaux, consacrer une journée entière à flâner lentement au bord des bassins de Hongcun reste la meilleure option pour s’imprégner de l’atmosphère. Une halte bucolique indispensable avant de grimper les marches d’escalier vertigineuses qui mènent aux cimes embrumées de Huangshan.




